POETRY

Here are some excerpts of my poems

Mes caresses
En pleine lumière
A vous ce bien qui m’effleure
Ni pâle ni tranchant

Le sculpteur fait attention à ne pas lui faire mal. Il effleure sa peau en martelant la pierre.
Il détache le marbre froissé autour d’elle, comme on ouvre un cadeau.

« Je ne veux pas te regarder »
ton ciseau tire mes traits, ce sourire me gène. Et si je n’étais pas si courbe et si parfaite, j’existerais encore?

Tu sais, ce blanc n’est pas vraiment ma peau.

A l’intérieur, elle se retourne. Elle se sent en sécurité dans la coque de pierre.

En fait tu es une tigresse
Des griffes
Tignasse
Tu craches du feu
Tu craches, tu craches

Rien ne t’arrête
Tu es un cheval fou au galop
Tagada tagada
C’est le bruit de ton tambour intérieur
Qui rebondit et se régénère
Tagada tagada
Battement du cœur

Tu craches des flammes
Par tes yeux et ton silence
Tu fais mal
Brûle!

Je suis une tigresse
Dans ma peau est un feu
Rouge de colère
Un feu qui crie
Et qui frappe, et qui tape, comme un bon coup de soleil
Qui réchauffe
Qui te griffe
Qui te mord

Je suis une torche à vif
Le tombeau est ouvert
Il rugit

Viens Lazare
Donne-moi ta main
Et brûle

Respire
Brûle et danse

Je suis le feu qui te brûle
La flamme
Qui t’embrasse
Qui te lèche
Comme un petit poulain à la naissance

Viens ma pouliche
Danse, et crépite!
Accepte ma flamme, brûle!

Nous sommes un brasero
Large et haut
Ronflant
Pétri d’amour
Et de braises
Enlacés
Pour vous tous qui venez
A la lumière.

Pâques 2014

Des pièces de cristal dans mon cœur
          J’écoute
          Le tintement

Ne réveillez mon Amour
Avant l’heure
De son bon plaisir

Je ne peux y prendre part

Un cliquetis d’or
Je le pressens
Luit de temps en temps

J’écoute le tintement
J’écoute
          Le tintement
J’écoute
          Le tintement

Un filet d’eau doit fuir quelque part
J’écoute
          Un bruissement
          Un bruissement
          Un bruissement

Des pépites
Encore
Et ce trésor
Je l’entends
Qu’on n’y touche
Je le sens
Je le sens
Je le sens

été 2009

J’ai vu la fleur frémir et se gonfler de neige
Comme un noyau froissé avant le jour
Et l’écume diffuse et fine sur les sables
Filée au crépuscule ; j’ai vu
Dans l’espace ensoleillé de la cave poudrée
Des pétales et des rubis
Un autre monde
Sans terre
Enfin

L’esprit
Submergeait l’antre de la corolle pure
Avide d’air bleu ciel sans cumin
Aux profondeurs des souks et des prairies
Des vasques et des crevasses pourpres
Des voiles sans poulies
Les taches et les arômes aux creux des escaliers
Déposaient leurs secrets
Pour que jamais la fleur n’ait fini sa roue.

Castrato

Il est grand
C’est un pantin déjanté qui se donne
et lentement il approche, l’épaule haussée et le bras élégant
qui pour un long discours
porte sa voix…

Il chante
chasse l’être qui est au-dedans de lui
qui n’est pas lui
qu’il ne pourrait retenir
il le pousse, l’expire
et le crée
à l’infini il crée un son factice
une voix de vieille femme, si triste
qu’elle serait belle
si les yeux de l’homme castré ne s’y plongeaient

Il regarde, effrayé, les sons adolescents, qu’il module avec ferveur mais qui le rejettent
Tout le rejette
et son souffle épuré l’expulse
car il n’existe pas, il est un effet qui se perd
Où pourrait-il trouver un centre?

Son menton se dresse comme s’il recherchait une immense dignité
la dignité d’un dieu que l’on adule,
blessé
et sa tête est inclinée:
il s’envoûte comme une femme
Son regard est doux,
si troublant de vérité
volontairement étrange
conquistador, enfant, mendiant
C’est un agneau maculé

Dehors, la salle est pleine
chaude comme une gorge heureuse
illuminée par la cire des abeilles et le cristal limpide
Dans le plus grand silence,
le géant sur la scène ouvre la bouche et amplifie l’atmosphère.

Esthétique

Mon cœur veut un violon
inscrit et lourd en lui
Sa résonance est nécessaire

Tout est bois mat
Et crins matériels – le son
          est au cœur intérieur de l’homme
Un violon tout près de moi
emporterait mon angoisse charnelle.

Ce passant il avait ton regard, sais-tu que je suis morte en le voyant? Et tu n’aurais pas pu le remplacer? Ton nez, tes mains, construis-les où je suis!  

La douleur

Les yeux de mon frère sont l’amour et l’amour remonte et dévale une colline, et la colline est raide. Elle me perd dans le bleu maritime de son fard, accolé. Où est sa profondeur?
Les yeux de mon frère sont vivants, au-delà de l’éclat sécant qui jamais ne modifiera la source encore plus noire. Si jeune je demande où est la fin de tout, je t’implore, montre-moi.

Où va sa profondeur? J’ai eu mal, c’est passé. Dis-le-moi. Le mal est passé comme un courant. Il y a une empreinte qui se voit, qui court et qui s’enfonce, qui creuse un halo vert et rouge et bleu. Dans ses yeux,  
Il n’est même plus question du coup de poing. Je t’aime, regarde-moi.

Works